A qui profite la crème ?

Excellent article du blog: https://2garcons1fille.wordpress.com

Avertissement aux lecteurs : l’ensemble des billets de cette rubrique « Barbara Gourde » auront comme point commun de n’aborder aucun sujet grave, et seront à haute teneur en futilités, poufitudes et niaiseries, autrement appelés « trucs de filles », les filles étant écervelées et superficielles c’est bien connu.

Qu’est-ce qu’un produit cosmétique ? (j’avais prévenu hein, je commence au taquet)
On dénomme ainsi toute substance destinée à être mise en contact avec diverses parties superficielles du corps humain, notamment l’épiderme, les systèmes pileux et capillaires, les ongles, les lèvres, les organes génitaux externes, les dents et la muqueuse buccale ; et ce en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, protéger, parfumer, maintenir en bon état, de modifier leur aspect ou d’en « corriger » l’odeur.
Rien de très ambitieux en somme…

Ainsi, la cosmétologie c’est un peu le monde de la grosse marrade, et d’ailleurs jusqu’à des temps finalement assez récents c’était carrément la fête. Un dentifrice au verre pilé, une crème de jour à base de gencive de porc, ou un rouge à lèvres testé sur des anus de lapins Fauve de Bourgogne albinos, pas de problème. Il n’y avait aucune réglementation et l’on pouvait commercialiser à peu près n’importe quoi, n’importe comment, youhouu !

Puis il y a eu la dramatique affaire du talc Morhange, et en 1975 sont apparues les premières réglementations en matière de cosmétiques, qui se sont ensuite alourdies avec le temps. Si bien que maintenant il faut qu’une marque constitue un dossier avant de pouvoir commercialiser un produit. Comme j’en vois certains qui baillent je ne vous détaillerai pas ce que doit contenir le dossier (en gros la composition du machin, les conditions de fabrication et de contrôle du bidule, des évaluations de sécurité du bousin et des preuves d’efficacité du truc).
Sachez que si l’on compare avec ce qui est demandé pour un médicament (études d’efficacité et de tolérance en double-aveugle versus molécule de référence ou placebo, sur animaux, puis volontaires sains, puis malades, puis possesseurs de Renault Fuego), ça reste de la rigolade.
D’ailleurs je ne me prive jamais d’un bon moment de LOL en lisant « qu’efficacité prouvée » peut signifier sérieusement : « amélioration de 28% en moyenne de la fermeté de la peau constatée par auto-évaluation après une période de 17 minutes sur 36 utilisatrices résidant en Charente-Maritime à qui l’on avait offert le produit. » REP A SA le dabigatran ! Un jour faudra que je vous raconte ce que peut vouloir dire « sous contrôle dermatologique ».
Néanmoins en cosmétologie, tout va très vite (enfin non, mais on fait comme si), on nous matraque d’incessantes nouveautés revendiquant toujours plus de douceur/de brillance/de soyeux/de légèreté/de respect du pH/de facilité d’entretien des enjoliveurs/de volume et encore moins de cheveux cassés au brossage… Et tous ces dossiers à remplir c’est quand même beaucoup de temps (et le temps…).

Alors, la question du jour est : « Serait-il possible, par le plus grand des hasards, que des marques différentes nous vendent sous des noms différents des produits qui seraient en fait un peu les mêmes ? » Sans vouloir assassiner le suspense, la réponse est OUI et je m’en vais expliquer pourquoi.
Pour simplifier on peut différencier 3 raisons principales.

1- La copie.
En cosmétologie comme partout, elle existe, on peut donc imaginer qu’un produit qui se vend bien soit ensuite copié par la concurrence, expliquant qu’on puisse retrouver des produits quasi identiques dans des marques différentes. C’est ça, le monde sans pitié des affaires. Et puis aussi ça donne du travail à des petits n’enfants chinois, c’est ça qu’est bien…

2- L’utilisation de sous-traitants en formulation cosmétique.
C’est plus intéressant et moins connu. Souvent des marques à « petit budget » ou soucieuses de vendre des produits à prix attractifs peuvent ne pas formuler elles-mêmes leurs produits. Elles font alors appel à des laboratoires de formulation. Il existe plusieurs laboratoires de ce genre et chacun a dans ses tiroirs des formules prêtes à être commercialisées : nettoyant, crème de jour, crème de nuit, crème entre chien et loup, crème corps, crème main, mascara…
Ces formules ont déjà passé les étapes de tests, et le dossier administratif d’autorisation est prêt à être soumis. Il n’y a plus qu’à ajouter un peu de couleur et de parfum avec un emballage qui va bien pour que le produit puisse être lancé.
Parfois les laboratoires de formulation ont aussi leur chaîne de production et peuvent livrer le produit fini. Ainsi la même crème à laquelle on ajoute en fin de chaîne un parfum différent peut se retrouver commercialisée par des marques très différentes (et à des prix très différents, il en faut pour toutes les bourses, sinon c’est pas drôle).

3- Au sein d’un même groupe, il existe différentes marques.
Ce n’est pas un secret, la plupart des marques de cosmétologie appartiennent à de grands groupes industriels. Je vous laisse si cela vous intéresse allez voir ici ou par exemple l’éventail de marques très différentes au sein d’un même groupe.
Ces géants de la savonnette ont les moyens de recherche et de développement pour concevoir eux-mêmes leurs produits, et il n’est pas rare que des marques différentes d’un même groupe commercialisent des produits aux compositions quasi similaires. Il y a à cela au moins 3 avantages :
…..- Développer un actif, le tester, le breveter prend du temps, coûte de l’argent. L’exploiter ensuite dans un maximum de produits différents, éventuellement au sein de marques différentes du groupe va permettre de le rentabiliser.
…..- Avoir, des actifs communs, voire des formules identiques permet de mutualiser les chaînes de production, de commander des quantités plus importantes… réduisant ainsi les coûts et augmentant les marges.
…..- Enfin, en commercialisant des produits quasi similaires sous des marques à positionnements différents (« grande distribution », « parapharmacie à orientation dermatologique », « parapharmacie à orientation grand public », « parfumerie/luxe » …), on touche ainsi un maximum de consommateurs et on rentabilise au maximum l’investissement initial.
Là encore les produits ne sont pas strictement identiques : la crème de grande surface aura un packaging bas de gamme, un parfum standard ; celle parapharmacie n’aura pas de parfum et un packaging sobre inspirant le sérieux ; celle de parfumerie décorera magnifiquement votre salle de bain et aura un parfum voire une texture plus travaillés. Dans le meilleur des cas, on y aura ajouté un ou deux ingrédients « qualitatifs » (genre des paillettes d’or ou de la semence de panda roux sauvage). Donc oui, on peut trouver à peu de choses près la même crème à 12€ et à 120€… Le jour où je l’ai compris ça a fait une mini révolution dans ma tête, un peu comme quand j’ai compris que (attention spoiler) M. Drummond n’était pas le vrai père d’Arnold et Willy.

Alors on pourrait dire que ce n’est ni un bien ni un mal, que c’est un fait. Moi, je pense plutôt que c’est un mal de notre société de consommation où la logique du profit autorise à nous prendre pour des jambons (c’était la demi-minute militante de ce billet superficiel, rassurez-vous c’est fini).
On peut tout à fait vivre sans prêter la moindre attention à tout cela, et même s’en foutre complètement : je l’ai dit en intro, on est bien d’accord, y a des trucs plus graves dans la vie. On peut aussi dépenser son argent comme on le veut, tout en étant bien conscient du fait que quand on achète un produit de luxe, parfois on achète surtout un joli flacon…
Et ? Bah, et rien en fait, on fait bien ce qu’on veut avec ses cheveux. Mais si jamais on s’y intéresse, on peut regarder de près les compositions et trouver le moyen de consommer plus intelligemment.
J’ai envie de dire qu’on le vaut bien, non ?